Ce portfolio se veut succinct, j’y ai choisi peu de visuels, ils sont représentatifs de mon travail mais une bonne partie de l’iceberg reste immergé. À l’heure du flux incessant des images, notamment numériques, il m’a semblé naturel de ne pas en montrer trop, ne serait-ce qu'à l'égard des pauvres internautes saturés d’images.
Le choix de peaufiner un site internet et non d'investir les réseaux sociaux tient de la même démarche. Je sais qu’aujourd’hui un site internet est bien moins regardé qu’un Insta ou autre, mais il a l’avantage de proposer un espace un tant soit peu personnel, là où les plateformes imposent leur standard.
Un site internet invite également à prendre son temps, une notion qui n’existe pas sur les réseaux où une image chasse l’autre et dont la vocation est de faire oublier l’écoulement du temps, comme un casino où on ne trouve aucune horloge afin d’ôter tout repère aux joueurs.
On dit pourtant qu’Instagram est INDISPENSABLE pour un artiste… Ce type de support a une puissance de diffusion inégalée évidemment pour qui cherche à exister aux yeux du monde, mais comment s’y distinguer, puisque cette puissance est devenue la norme ? Ces espaces sont devenus une course à la visibilité, où le compteur de cœurs a finalement plus d’importance que le contenu publié. Dans la sphère artistique, ces réseaux me semblent donc plus proches des violentes foires aux bestiaux que d'une galerie d’art à échelle planétaire, où l'on pourrait déambuler à son rythme et éventuellement s'émerveiller un peu.
Pour ma part, moi qui ne cherche pas vraiment à faire carrière dans l'art, j’ai donc choisi un numérique moins effréné, où il vous sera possible de naviguer sans affronter des hordes de publicité et revenir après votre sommeil sans que rien n'ait trop changé. Un peu comme un livre, fin prêt à délivrer quelque monde et qu'on ouvre à sa guise.
La nuit, ou l’ombre, ont leur place dans la plupart de ces images. Je ne peux pas m’en passer. Sans doute est-ce que la nuit est l’envers du décor, que j’ai tendance à trouver trop convenu. L’envers de cette journée où les choses importantes se passent, où il faut faire montre d’efficacité au travail, où l'inévitable économie fait ses petits comptes… Bref, la nuit se positionne à l’encontre de l’empire de la Raison, dont nous sommes saturés. J’ai besoin de prendre cette bifurcation, de dériver, pour respirer mieux et avoir de l'espace pour rêver.
Je cite pour mon compte l’écrivain Emmanuel Bove qui rédigea cette notice biographique en préambule de son récit Un soir chez Blutel (1927) :
« J’avoue qu’ici mon trouble est un peu celui de l’acteur qui, oubliant tout d’un coup son rôle, est obligé d’inventer des répliques ou de s’excuser tant bien que mal auprès des spectateurs. […] Et ici, ce qui est, c’est que je suis incapable d’écrire un carnet de l’auteur, pour mille raisons dont la première est une pudeur qui m’empêche de raconter des histoires sur moi dont la plupart, d’ailleurs, seraient fausses. Il y aurait bien ma date de naissance qui serait exacte. Encore faudrait-il que mon humeur du moment ne me poussât à me rajeunir dans le but de passer pour un prodige ou à me vieillir pour donner plus de poids à mes livres. Qui saurait d’ailleurs résister au plaisir d’emplir sa biographie d’événements, de pensées basses, d’envie d’écrire à l’âge de huit ans, de jeunesse incomprise, d’études très brillantes ou très médiocres, de tentatives de suicide, d’actions d’éclats à la guerre, d’une blessure mortelle dont on a réchappé, d’une condamnation à mort dans un camp de prisonnier et de la grâce arrivant la veille de l’exécution. Le plus sage, je crois, est de ne pas commencer. »
Donc à la rigueur, ma date de naissance : 1978.
Et une photo de moi.
Dites-moi s’il manque quelque chose.
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