21.6.13 : Dix heures et demie du soir en été
Vendredi soir tout d’abord, premier jour de l’été ensuite, et bien sûr fête de la musique pour faire un peu divaguer les esprits.
Au coeur de Paris les fanfares de jeunes instrumentistes, entraînantes et joviales. Avec la virée des collégiens qui fêtent la fin des cours, les filles aux tout petits seins qui s’incendient les lèvres au rouge, petites mais plus grandes que le garcon en t-shirt qui les accompagne et qui hurle au-dessus de la foule, à un autre, de lui acheter un Subway.
Non je préfère toujours la périphérie, les quartiers de seconde zone qui n’attirent personne. Le bar de l’angle avec ce chanteur oriental devant son synthétiseur, son ami qui frappe une derbouka, dans les néons bleus et sans public.
Je suis davantage touché par ces gens qui mangent dans cette mauvaise pizzeria, en-dehors de toute fête, où le patron fait la conversation, où cet homme et cette femme discutent en tête à tête sur leur terrasse de fortune. Par ces musiciens au croisement de deux rues sans intérêt : le sourire aux lèvres, ils sentent le labeur du petit matin, le petit talent musical sorti ce soir comme des souliers neufs. Par ces gens qui les écoutent, le sourire aussi, en tenue estivale, avec les enfants qui jouent autour, le premier qui touche la portière de la voiture a gagné.
Plus loin oui il y a ce jeune couple qui ne va pas si bien ensemble qui regarde les annonces immobilières et commente le prix des F2. En ce soir d’été sans concert ils se feront l’amour en cadence c’est certain.
Là aussi, ce petit bistrot sans groupe ni même sono, avec ce vieux au gros nez couperosé, ce plus jeune à la gueule de chômage, tranquillement assis devant leurs demis.
Dans un snack asiatique silencieux, la fille du patron mange seule à une table en plastique, la fontaine fumante derrière elle.
Ça y est le chanteur oriental a du public, les gens dansent sur le carrelage bleuté. Le sirocco souffle sous les marronniers parisiens.
C’est le début de l’été, et Paris garde secrètement un peu de populaire, et j’ai le sentiment d’avoir vu un peu de vie.